
Extrait de l’article du Blogue de maitre chat Lully (avec l’aimable autorisation de l’auteur)
Le dimanche 13 juin 1790, à partir du milieu de l’après-midi, des protestants en armes confluèrent massivement vers Nîmes, certains venant de communes éloignées de huit, dix, voire douze lieues.
En fin de journée, ces protestants armés commencèrent à s’en prendre aux catholiques qui, pour la plupart, étaient désarmés en raison de l’arrêté municipal du 31 mai. Il y eût des troubles dans toute la ville et déjà plusieurs morts.
Le comble est que des huguenots allèrent se poser en victimes auprès des soldats du régiment de Guyenne et qu’on leur remit des pièces d’artillerie !
La tombée de la nuit vint interrompre les troubles et la municipalité crut qu’on en resterait là…
Les huguenots venus de l’extérieur allèrent camper sur l’Esplanade, en face du couvent des Capucins, et pendant la nuit leur nombre s’augmenta.
Certains historiens n’hésiteront pas à parler d’un total de 15 000 huguenots armés présents à Nîmes pour la journée du 14.
Le lundi 14 juin, comme d’habitude, les Capucins ouvrirent les portes de leur église à 5 h du matin, psalmodièrent l’office divin et assistèrent à la Messe conventuelle.
Un peu après celle-ci, une compagnie de gardes nationaux se présenta au couvent pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’armes ou de « ligueurs » cachés : ils se livrèrent à une fouille minutieuse et furent forcés de reconnaître qu’il n’y avait rien de suspect dans le couvent.
Le chef de la compagnie recommanda aux religieux de tenir closes portes et fenêtres, ce qui fut fait.
Les choses restèrent en l’état jusque vers midi où quelques coups de feu furent tirés sur l’Esplanade. Personne ne fut blessé, car c’était en réalité un signal.
Environ deux heures plus tard, prétextant que les coups de feu avaient été tirés depuis le couvent (ce qui était impossible puisque la visite domiciliaire avait démontré qu’il n’y avait point d’armes !), les huguenots se ruèrent à l’attaque et commencèrent à enfoncer les portes à coup de hache.
Au moment de l’attaque, les religieux étaient pour la plupart au chœur, achevant le chant des vêpres. Je détaillerai plus loin ce qu’ils eurent à subir.
Après la mise à sac du couvent des Capucins, les bandes protestantes se répandirent par la ville et s’y livrèrent au pillage et au massacre : « Plus de trois-cents citoyens ont péri », écrivit le maire, Monsieur de Marguerittes, et ce chiffre n’est certainement pas exagéré. Pour certains historiens, on pourrait monter jusqu’à cinq cent.
Pour empêcher l’identification des victimes et leur dénombrement précis, les massacreurs jetèrent de la chaux vive sur les cadavres entassés dans la grande fosse commune de l’Hôtel-Dieu.
Les survivants ont témoigné des atrocités inouïes qui furent commises, et ont donné des détails épouvantables sur la manière dont certains cadavres furent mutilés et outragés.
On a même parlé d’un repas qui eût lieu le soir dans la maison d’un révolutionnaire et au cours duquel les mâchoires inférieures et les barbes des capucins immolés auraient été exposées sur un plat au milieu de la table !
Le martyre des Capucins.
Au moment où les portes du couvent commencèrent à être attaquées à coups de hache, nous l’avons vu, les Capucins achevaient les vêpres au chœur.
La plupart des religieux (dix-neuf) parvint à s’enfuir : certains coururent se cacher au dessus de l’église, entre la voûte et la toiture, et d’autres dans le clocher ; plusieurs parvinrent à se blottir au-dessus des lambris du plafond des cellules, de la bibliothèque… etc. ; enfin quelques autres parvinrent à s’enfuir dans les champs après avoir escaladé les murs du jardin… On relate même le cas d’une famille protestante des environs du couvent qui, émue de compassion, sauva la vie de l’un des pères en le faisant monter sur le toit de sa maison.
L’église et la sacristie furent pillées et saccagées, le tabernacle profané. La bibliothèque, riche de précieux volumes (Antoine-Balthazar Fléchier – neveu de l’illustre évêque et prédicateur qui avait illustré le siège épiscopal de Nîmes au XVIIème siècle – avait légué quelque deux mille volumes à la bibliothèque du couvent), fut dévastée. La pharmacie, une des plus belles du Royaume grâce à laquelle d’abondants secours étaient dispensés aux pauvres, fut entièrement détruite. Toutes les représentations du Crucifix, toutes les images ou statues de la Vierge et des Saints qui se trouvaient dans le couvent furent lacérées, brisées ou mutilées…
On a recueilli des témoignages selon lesquels, dans les jours qui suivirent, des protestants dansaient à Massillargues, vêtus en Capucins ou arborant des surplis, des étoles ou des chapes, et buvant « à la santé de la nation » (!!!) dans des vases sacrés.
Cinq religieux subirent le martyre. Ce sont :
1) Le Père Benoît de Beaucaire, âgé de 58 ans, qui fut massacré dans l’église.
En entendant les coups de hache à la porte de l’église, il se munit d’une étole et se précipita pour soustraire le Saint-Sacrement à la profanation. Il n’en eut pas le temps car déjà un huguenot se jetait sur lui ; il l’implora : « Laissez-moi le temps d’achever ma prière ! ».
« Je t’accorde cinq minutes… »
Alors le Père s’inclinant vers l’autel entreprit de consommer les Saintes Espèces. Mais à peine les cinq minutes étaient-elles écoulées qu’il fut abattu à bout portant, sur l’autel, par un coup de fusil puis transpercé de baïonnettes : il avait la bouche encore pleine d’Hosties et son cadavre fut traîné dans l’église et la sacristie.
2) Le Père Siméon de Sanilhac, âgé de 44 ans, fut trouvé agenouillé en prière dans sa cellule, et transpercé d’un nombre incalculable de coups de fourche et de baïonnettes.
3) Le Père Séraphin de Nîmes, âgé d’environ 27 ans, n’appartenait pas à la communauté de Nîmes mais au couvent du Pont-Saint-Esprit. Il était arrivé la veille pour rendre visite à sa famille. La tradition familiale rapporte qu’il était chez ses parents, le 13 juin au soir, lorsque les troubles commencèrent ; sa famille voulut le retenir en lui présentant les dangers qu’il encourrait, mais il s’y refusa énergiquement : « Mon devoir est de rentrer au couvent ». Il fut lui aussi trouvé dans sa cellule et subit d’horribles mutilations.
4) Le Frère Célestin de Nîmes, âgé de 22 ans, novice clerc, fut ensuite massacré avec une grande sauvagerie dans sa cellule après avoir été torturé pour lui faire dire où se cachaient les autres membres de la communauté : « Dis-nous donc où sont les autres! Allons, ils sont bien plus nombreux ! Il faut bien en finir avec tous ces jean-foutre… »
5) Le Frère Fidèle d’Annecy, âgé de 82 ans, infirme, sourd et aveugle, ne pouvait plus quitter sa paillasse : il y fut démembré et découpé à la hache, puis ses bourreaux tentèrent de mettre le feu à son grabat. C’est après ce meurtre que les barbares pillèrent la pharmacie ; ils s’enivrèrent avec les potions à base d’alcool, en particulier avec de l’ « eau d’angélique », et ils se félicitaient mutuellement en riant : « Le barbu, l’avons-nous assez bien traité ? Buvons à sa santé ! »
Les Capucins cachés dans les lambris des plafonds entendirent les massacreurs ricaner : « C’est être bons patriotes et bons amis de la constitution que de faire ce que nous faisons ! »